08/07/2008

Paranoïa anti terroriste ?

Le 5 juin, la Belgique était tirée du sommeil par une nouvelle « alerte terroriste ». Quelques personnes avaient été réveillées un peu plus tôt. A 5h, des unités « anti-terroristes » débarquaient chez Wahoub Fayoumi, Pierre Carette, Betrand Sassoye, Virgine D. (relâchée le soir même) et Constant Hormans pour les appréhender et perquisitionner chez eux. Abdallah Ibrahim Abdallah, lui aussi recherché, se rendit de lui-même au commissariat. Le 6 juin, c'était au tour de Jean-François Legros d'être interpellé.

Des arrestations sans convocation préalable, menées par des policiers cagoulés, armés et n'hésitant pas à braquer leurs armes sur des mineurs. PC, GSM et quantité de documents saisis. Ecoutes téléphoniques, surveillance des déplacements et des comptes bancaires. Des « suspects » transportés, sirènes hurlantes, visage masqué et menottes aux poings vers un lieu secret, sans possibilité de contact avec leurs proches ni avec des avocats, soumis à un régime de détention spécial... Ces méthodes laissaient entendre que de dangereux individus auraient été interceptés.

Au compte-gouttes, le Parquet fédéral divulgua des « informations » dont le relais médiatique suscita des interprétations délirantes, nourries d'amalgames, d'anachronismes, de sensationnalisme et de fantasmes. Il fût ainsi question de deux anciens membres des CCC qui n'auraient pas respecté leurs conditions de libération et auraient eu l'intention de se reformer ou de « replonger dans le terrorisme » via une organisation italienne - qui n'existe pas en tant que telle et qui n'a fait l'objet d'aucune condamnation (c'est l'hypothétique intention de créer cette organisation qui est à l'instruction en Italie). Le scénario de tous les dangers fut entretenu par les descriptions des autres personnes interpellées : deux redoutables « grands bandits » et un mystérieux « Libanais », une journaliste présentée par pure spéculation comme la compagne de Carette. Selon l'hypothèse du Parquet fédéral, des explosifs auraient été retrouvés dans la « planque » de Sassoye ; une réunion aurait rassemblé les « suspects » et des « terroristes » italiens ; la justice italienne aurait transmis des écoutes téléphoniques compromettant les militants belges ; des courriels émis par Sassoye étaient cryptés...

Mais ces « preuves » ne résistent pas à l'analyse. Et les pièces du « dossier terroriste » s'écroulent les unes après les autres...

Les CCC n'existent plus depuis 1986. Les faits et gestes de leurs ex-militants sont connus de tous, notamment de leurs agents de probation qui n'ont jamais signalé de contravention à leurs conditions de libération. Carette, mis dans le même panier que Sassoye pour créer l'amalgame « CCC », n'est en fait pas lié à l'enquête qui a suscité les arrestations. Il a d'ailleurs été libéré ce 18 juin par le tribunal d'application des peines.

Les « explosifs » trouvés lors de la perquisition à la brasserie où travaille Sassoye n'étaient que de simples feux d'artifice achetés pour une fête de mariage.

La « réunion » où certains inculpés auraient rencontré des « terroristes » italiens s'est avérée une conférence publique dans un café du centre-ville dont la vidéo a  été postée par ses organisateurs sur Internet.

Les écoutes téléphoniques italiennes relatives aux militants belges semblent en réalité n'avoir jamais existé : la justice italienne a seulement transmis des comptes rendus « d'écoutes d'environnement » dans un café, où sont évoqués des « flamands efficaces » sans aucun nom cité. Aucun des arrêtés de juin n'est d'ailleurs néerlandophone.

Quant au cryptage des courriels, il s'agit d'un procédé non seulement légal, mais aussi conseillé face au piratage et pratiqué par des banques, des ONG...

Il apparaît que les données rassemblées et la surveillance intrusive effectuée pendant un an grâce aux « méthodes particulières de recherche » n'ont pas révélé un seul élément justifiant cette opération musclée. Rien, si ce n'est quatre photos d'identité retrouvées sous des salades en Italie. Rien qui légitime arrestation ou détention préventive : une simple convocation par la juge aurait suffi.

C'est d'ailleurs ce qu'a confirmé la Chambre du conseil le 11 juin et la chambre des mises en accusation le 26 juin en décidant de libérer trois des quatre inculpés. Mais par l'acharnement du Parquet, qui  « veut donner une chance à l'enquête » (sic), quatre personnes restent poursuivies et l'une d'entre elle (Sassoye) est toujours incarcérée. Toute ressemblance avec l'affaire DHKP-C - qui malgré les acquittements se voit repartie pour être jugée une quatrième fois - est purement fortuite...

La question n'est pas de se positionner par rapport aux idées défendues par ces cinq personnes. Leur organisation (Secours Rouge) développe des activités publiques et légales de solidarité avec des victimes de la répression politique. Leur démarche s'inscrit dans une optique marxiste mais, jusqu'à nouvel ordre, cela n'est pas (encore) illicite dans un Etat de droit.

Nous ne pouvons accepter la répression de ces militants en raison de leurs seules idées et sympathies, pas plus que le message adressé à la population sur leur dos. La justice n'a rien à leur reprocher, si ce n'est des « délits » d'opinion, de solidarité et d'association, institués par les lois anti-terroristes en vigueur depuis 2003, alors que la Constitution et les conventions internationales garantissent ces droits fondamentaux.

Il serait aussi trop facile de se désintéresser du sort des « cinq solidaires » sous prétexte du passé judiciaire de certains. Ils ont été jugés et la justice ne revient pas sur la chose jugée. Ressortir leur passé aujourd'hui n'a d'autre objectif que d'effrayer la population autour d'un scénario monté de toutes pièces par le Parquet fédéral.

Il faut arrêter cette nouvelle mise en scène menée au nom de la « lutte anti-terroriste ». On se rappellera que, jusqu'ici, toutes les menaces invoquées à ce titre se sont révélées inconsistantes (la dernière en date étant l'alerte de niveau 4 qui a perturbé les fêtes de fin d'année). Les premières affaires montrent que le Parquet a d'abord essayé d'asseoir la légitimité de ces dispositifs en s'attaquant à des figures supposées moins populaires : communistes, étrangers, musulmans ou anciens auteurs de faits d'armes. S'agirait-il d'inquiéter la population pour mieux pouvoir la rassurer ensuite et justifier les dispositifs non démocratiques et les budgets colossaux déployés au nom du contrôle des populations et de la guerre au terrorisme ?

Les lois anti-terroristes sont des lois d'exception, liberticides. Elles permettent de criminaliser l'opinion politique, le militantisme et la solidarité. De plus, elles sont superflues : les actes qu'elles sont censées réprimer le sont déjà par d'autres dispositions du droit pénal. Ces lois sont dangereuses et produisent des effets néfastes, actuellement bien plus que les prétendues menaces terroristes. Si nous ne réagissons pas, ce sera demain n'importe quelle organisation politique, syndicale, non gouvernementale ou alter mondialiste, n'importe quel citoyen engagé ou ayant simplement parlé au cousin de la belle-sœur de l'oncle d'un suspect lointain qui pourra être surveillé, qualifié de terroriste et arrêté.

source : La Libre Belgique 

 

 Mais les CCC existent toujours, Figaro les a croisé pendant qu'il faisait les courses  !
ccc

 

20/03/2007

Le retour des CCC ?

Le retour des CCC ? Un nouveau site vient de faire son apparition, il y a quelques temps : http://www.cellulescommunistescombattantes.be Je ne sais pas pour vous…mais je trouve qu’il y a quand même comme un malaise là ???J’ai récapitulé ci-dessous les faits et gestes des CCC depuis les dernières années pour vous donner une idée de ce qu’ils représentent. Si en soi la lutte des idées pour un monde plus juste n’est pas condamnable, on peut se poser la question de savoir si la violence est une solution pour imposer les siennes. Ces gens n’ont pas compris que les idées ne s’imposent pas par la violence, mais bien par le débat. Le pire c’est qu’il semble que Carette et Sassoye ne semblent pas renier les actes qu’ils ont commis par le passé dans le cadre de leur lutte contre le capitalisme…La question qui se pose est la même que pour l’extrême droite : la démocratie doit-elle tout autoriser pour que ses principes soient respectés ? 1982 - Fondation à Paris, avec Pierre Carette et des marxistes-léninistes français, de Subversion. Cette revue « pour le communisme » et la lutte armée révolutionnaire deviendra le creuset théorique des CCC.

1983 – Mise sur pied, dans la clandestinité, des CCC. Création de Ligne rouge (LR), un groupe d'agitation-propagande sympathisant des « Cellules ».

1984 – le 2 octobre, premier attentat des CCC. Sans succès, la police tente de capturer les CCC lors de l'« opération Mammouth ». Une piste wallonne est évoquée autour d'un inconnu Front national de libération wallon (FNLW).

1985 – Rupture idéologique des CCC avec AD et la RAF (janvier). Les opérations des CCC vont se multiplier (janvier-juin et octobre-décembre). Des attentats sont également commis par d'autres organisations : Groupe inconnu anarchiste, groupe flamand Don Quichotte, Front révolutionnaire d'action prolétarienne (mis sur pied de façon artificielle par AD)… le 1er mai 1985, c'est le drame : deux pompiers sont tués lors de l'explosion d'une camionnette placée aux pieds du siège du patronat belge, dans le centre historique de Bruxelles.

Deux militants-fondateurs (Pierre Carette et Bertrand Sassoye) et deux nouveaux activistes (Didier Chevolet Pascale Vandegeerde) des CCC sont arrêtés à Namur (16 décembre). Fondation de l'Association des parents et amis des prisonniers communistes (Apapc).

1988 – Procès des « 4 CCC ». Ils sont condamnés à la perpétuité. Contre leur régime carcéral d’isolement exceptionnel, des grèves de la faim sont organisées.

1997 – Les détenus des CCC sont légalement libérables. Campagnes régulières de l'Apapc pour réclamer leur sortie de prison.

2000 – Après des peines exceptionnellement longues au regard de l’histoire judiciaire de notre pays, libération de trois premiers CCC. L’Apapc se rebaptise en Secours rouge/Apapc.

2003. Pierre Carette sort de prison après dix-sept ans d’emprisonnement. Pour les anciens membres des CCC une question se pose : dans leur situation, comment contribuer concrètement au processus révolutionnaire ?

2006. Bertrand Sassoye est actif au sein du Bloc marxiste-léniniste, une organisation politique révolutionnaire. Pierre Carette est actif au sein du Secours rouge/Apapc et se consacre aussi à la valorisation des acquis théoriques et idéologiques du combat des années 1983-1985.