18/02/2008

Kosovo : et maintenant ?

Le Kosovo vient de proclamer, ce 17 février son indépendance. Cette décision, longtemps attendue, est présentée comme inéluctable après l’échec programmé des discussions entre Belgrade et Pristina. Parviendra-t-elle à calmer les tensions engendrées par le statu quo qui prévaut depuis l’instauration du protectorat international en 1999, ou ne risque-t-elle pas, au contraire, de rallumer tous les brasiers mal éteints de la région ? Et que sera le Kosovo de demain, « indépendant » mais sous contrôle, et sans aucune perspective économique viable ?

 Le Kosovo sera le plus jeune Etat d’Europe, il va expérimenter des formes encore inédites d’organisation politique, reposant sur une souveraineté très limitée et un protectorat international d’un nouveau type.Sur le plan économique, ce Kosovo a virtuellement renoncé à toute activité productive. Les entreprises de la région ne fonctionnent plus depuis longtemps, et l’économie du territoire ne repose que sur le commerce et les services. L’indépendance ne changera rien. Les projets de relance des activités minières demeurent très aléatoires, et la Serbie ne renoncera pas à ses droits de propriété sur la plupart des entreprises du Kosovo. Même après l’indépendance, la défense de ces droits de propriété se plaidera devant les tribunaux de commerce internationaux.Le Kosovo est également engagé dans une forme particulière de « mondialisation », celle des migrations de travail. Les apports financiers des centaines de milliers d’Albanais de la diaspora, établis en Suisse, en Allemagne, dans les pays scandinaves, en Belgique ou aux Etats-Unis sont vitaux pour le Kosovo. Ces flux migratoires ne sont pas prêts de se tarir, alors que le chômage frappe environ 60 % de la population active du territoire, que 60 % des Kosovars ont moins de 25 ans, et que chaque mois, 40 000 jeunes fêtent leur dix-huitième anniversaire sans avoir presque aucune possibilité de construire leur vie dans leur pays…

Les Kosovars accepteront-ils longtemps l’ersatz de souveraineté qui leur est offert, et la terrifiante misère qui va continuer d’être le sort de leur pays ? Depuis les émeutes de mars 2004, les missions internationales au Kosovo craignaient l’explosion d’une nouvelle bouffée de colère dont elles auraient été les cibles directes. Si l’indépendance satisfait les revendications politiques des Albanais, elle ne désamorcera pas la bombe sociale que représente le Kosovo.

fev1808

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