06/03/2007

Nombre croissant de déshérités

LA CHRONIQUE DE FIGARO

 

Le dimanche matin, dans la petite ville hennuyère proche de chez moi, il y a marché. Lorsque le temps le permet, j’adore aller y faire un tour avec mon épouse Suzanne. Ben oui Suzanne ! Comment voudriez-vous que s’appelle l’épouse de Figaro, hein ? Vingt ans déjà et toujours amoureux comme aux premiers jours. Mais aujourd’hui ce n’est pas des félicités de la vie de couple dont je veux vous entretenir, revenons-en à ma promenade dominicale et aux réflexions qu’elle m’a inspirées.

 

Tout le monde sait bien, du moins ceux qui ne veulent pas se voiler la face, que la situation économique et donc sociale du Hainaut n’est guère florissante et ce n’est qu’un doux euphémisme que de l’exprimer ainsi.

Alors que nous approchons lentement mais inexorablement des élections, pour les distraits c’est dans trois mois environ, petit à petit les différentes formations politiques et leurs ténors wallons fourbissent leurs armes et y vont de leurs déclarations acérées pour séduirent leur électorat potentiel. Il suffit pour se rendre compte de cette évolution aux allures matamoresques de nos Tartarins locaux d’avoir prêter un tant soit peu l’oreille au débat qui oppose le PS et le MR, en fait messieurs Di Rupo et Reynders sur le sujet de ces nouvelles taxes écologiques que le MR voudrait instaurer pour les véhicules les plus polluants. En soi, il faut bien l’avouer, l’idée n’est pas mauvaise ; ce qui semble moins judicieux par contre ce sont les implications de cette nouvelle taxe. Une de plus ou de moins me direz-vous, nous n’en sommes plus à cela près en tant que « citoyens-citrons » que nous somme devenus pour une classe politique de plus en plus éloignée de notre réalité quotidienne. Réalité quotidienne souvent faite, et c’est particulièrement vrai ici en Hainaut, de revenus de remplacement, de salaires minimums réduits à la portion congrue, de traites impayées et plus généralement pour plus d’un tiers de la population, de précarité.

 

ZakFr35

Dessin de Zak

 

En ce qui concerne cette nouvelle taxe, il est évident, il ne faut pas s’appeler Elio pour le comprendre, que ce nouvel impôt déguisé touchera principalement les Wallons et plus particulièrement les personnes à revenus modestes. Pour s’en rendre compte, il suffit de se poser la question : qui roule avec les véhicules les plus anciens, des voitures de douze ans d’âge voir plus ? Et dans quelle région de Belgique trouve t’on le plus de véhicules d’occasions ?

 

Vous allez vous demander ce que cela a à voir avec le marché de dimanche dernier. Le fait est qu’en me promenant main dans la main avec ma Suzanne, en moins de deux heures de temps j’ai remarqué par trois fois des malheureuses d’une cinquantaine d’années, peut-être un peu plus âgées, qui fouillaient les déchets des maraîchers pour y dénicher ce qui y était encore comestible. 

 

Alors je ne peux m’empêcher de penser qu’en 2007 dans une société soi-disant équitable au sein d’un pays soi-disant riche, il est grand temps que nos politiciens sortent de leurs cénacles pour se rendre compte de ce que vit la société qu’ils sont sensés régenter au mieux, en bons pères de famille et que si nos édiles ne veulent pas, tôt ou tard se faire botter les fesses et se voir retirer leurs « droits parentaux », il est grand temps qu’ils fassent quelque chose pour remédier à cette paupérisation d’une partie de la population et qu’ils se rendent compte que ce n’est pas en instaurant de nouvelles taxes qui encore une fois toucheront les moins nantis en priorité (de droite absolue), qu’ils y arriveront.

 

La Belgique, pays riche ? Sans doute. Mais comme les voitures alors : à plusieurs vitesses.

 

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